Chroniques du Bois sans Sou – Génèse

Un mythe raconte que chaque fois que quelqu’un dit qu’il ne croit pas aux fées, l’une d’elles meurent. Ca n’est pas un mythe mais une parabole.

Jadis, humains et créatures vivaient en bons voisins. Fées, lutins, elfes, ondins et autres peuples n’étaient pas une croyance. Les humains savaient qu’ils existaient dans les bois, champs, forêts et mers, on respectait leurs territoires, parfois on le partageait et on ne se mélangeait pas au même titre que les éléphants et les rhinocéros se partagent la savane sans danser ensemble au clair de Lune.

La Forêt sans Souci avait été l’une des places les plus importantes du petit peuple. C’est là qu’était la forteresse où se tenait le marché permanent, où l’on troquait des troupeaux de souris contre des coléoptères messagers, des fourrures de belettes contre des graines de céréales ou de fleurs, où l’on échangeait des nouvelles qui parvenaient de la mer ou de la montagne. Le premier village humain était à quelques kilomètres, et, comme partout, en échange des menus services rendus par le petit peuple, les humains se rendaient en procession deux fois l’an, aux solstices, déposer des cadeaux: caisses de pommes, vieilles chaussettes ou bouteilles d’hydromel. Cela durait depuis des siècles, et personne n’avait envisagé que les choses pourraient être autrement car chacun y trouvait son compte. Les humains étaient ravis d’avoir une aide pour chasser les rongeurs des champs, soigner les bêtes ou semer les fleurs qu’affectionnent les abeilles. Il n’apercevait que rarement les membres du petit peuple, mais, après tout, chacun avait droit à son intimité.

Et puis, l’Eglise était arrivée, avec sa haine du petit peuple. Elle avait décrétée qu’il s’agissait d’un mythe qu’elle s’empressa de remplacer par un autre mythe basée sur la vie mythique d’un humain né loin de là longtemps auparavant. Les femmes, premières concernées tentèrent de protester car le petit peuple était une assistance indispensable lors des accouchements. L’Eglise les brûla. Elle avait démonté pierre par pierre la forteresse du marché permanent pour construire un temple dédié à son propre mythe au centre du village, rasé les tumulus d’habitation, attribué les bienfaits des fées des sources à une Sainte Machine que personne ne connaissait. Quelques famines et quelques pestes étaient passées par là, les vieux humains étaient morts, et la mémoire s’était perdue, ou n’avait subsistée que sous forme d’histoires que l’on raconte le soir aux enfants.

Le petit peuple de la Forêt sans Souci avait d’abord cru s’en sortir sans mal en migrant vers une autre région, mais les coléoptères amenaient de partout de sombres nouvelles. Partout, c’était un massacre.

Les siècles passant n’arrangèrent rien et quand vint le vingtième du calendrier religieux humain, la Forêt sans Souci n’était plus qu’un confetti de verdure au milieu de champs gigantesques et de villes tentaculaires. On l’appelait désormais le Bois sans Sou.

Pourtant le petit peuple n’avait pas disparu. Il subsistait sur les ruines de son ancienne puissance et du contenu des poubelles des humains. Ils n’étaient plus que quelques individus. Fées décharnées dont l’hystérie légendaire avait virée au sarcasme mauvais; elfes désabusés dont l’oeuvre d’harmonie consistait désormais à aller instiller le chaos nocturne dans les villes humaines; farfadets dont les facéties légendaires avaient virées au sabotage de matériel agricole; ondins qui avaient du fuir la mer devenue inhabitable et qui se nourrissaient des enfants humains qui se baignaient dans les mares boueuses du bois.

Les humains avaient peu à peu mené le monde à la ruine, celui du petit peuple autant que le leur, mais sous les frondaisons du Bois sans Sou, depuis quelques temps accourraient de toutes parts les survivants du monde ancien. Les arbres murmuraient que le changement était proche: le petit peuple allait se lever.

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À propos de Tagrawla Ineqqiqi

Auteur, mécréante, vachère, grande consommatrice de pop-corn politique. Voir tous les articles par Tagrawla Ineqqiqi

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